Imaginez. Lundi matin, un de vos prospects, malvoyant, souhaite télécharger votre dernière étude de cas en PDF. Il utilise un lecteur d’écran, un logiciel qui lui lit le contenu de la page. Mais votre document n’est qu’une suite d’images scannées. Le logiciel reste muet. Le prospect abandonne. Plus tard dans la journée, une cliente fidèle, atteinte d’un trouble moteur qui l’oblige à naviguer au clavier, tente de remplir votre formulaire de contact. Impossible de sélectionner les champs. Elle quitte votre site, frustrée.
Ces situations ne sont pas des cas isolés. Elles sont la réalité quotidienne de millions d’utilisateurs. L’accessibilité numérique n’est plus un sujet de niche ou une option pour « faire bien ». Le 28 juin 2025, une nouvelle étape a été franchie en France : l’obligation de mise en conformité, jusqu’alors principalement réservée au secteur public, s’étend désormais à l’ensemble des entreprises privées. L’échéance pour y parvenir est fixée à 2030. C’est à la fois loin et proche. Car derrière le calendrier juridique se cache une urgence bien plus immédiate : celle de ne plus exclure une partie de vos clients, de vos partenaires et de vos collaborateurs.
Ce premier billet dédié à l’accessibilité numérique en 2025 a un objectif simple : vous donner les clés pour comprendre ce que la loi change, pourquoi il faut voir bien au-delà de la contrainte, et comment vos contenus sont, plus que jamais, au cœur de la solution.
La loi de 2025 : comprendre l’essentiel sans jargon
Depuis la loi de 2005, l’obligation d’accessibilité s’appliquait déjà aux services publics et, depuis 2019, aux grandes entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ce qui change en 2025, c’est l’élargissement de ce périmètre à de très nombreuses entreprises du secteur privé, mais selon des critères bien définis.
À qui s’applique cette nouvelle obligation ?
L’idée que TOUTES les entreprises sont désormais concernées est une simplification abusive. En réalité, la nouvelle loi cible les acteurs économiques d’une certaine taille et opérant dans des secteurs jugés essentiels. Sont ainsi concernées les entreprises suivantes
- Services de commerce électronique (e-commerce).
- Services bancaires aux consommateurs.
- Services donnant accès à des médias audiovisuels.
- Services de transport de voyageurs (aérien, ferroviaire, etc.), incluant les sites de réservation et applications.
- Les livres numériques et les logiciels permettant leur lecture.
- Certains équipements numériques (smartphones, guichets, liseuses, etc.)
qui remplissent l’un des deux critères de taille suivants :
- Elles emploient 10 salariés ou plus.
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Leur chiffre d’affaires annuel est supérieur à 2 millions d’euros.
Cette disposition a pour effet d’exempter les micro-entreprises (moins de 10 salariés et moins de 2 M€ de CA) qui ne fournissent pas de produits couverts par la loi. De plus, cette obligation s’applique aux entreprises qui, en plus de respecter ces seuils, proposent des produits et services spécifiques, notamment :
Mais cela veut aussi dire qu’un site e-commerce de taille moyenne ou une plateforme de réservation de billets de train entrent désormais clairement dans le champ d’application de la loi sur l’accessibilité numérique. La responsabilité est désormais partagée par un plus grand nombre d’acteurs économiques.
Quels supports sont vraiment concernés ?
L’erreur serait de penser qu’il s’agit uniquement de « refaire la page d’accueil de son site vitrine ». La législation sur l’accessibilité numérique vise l’intégralité de votre écosystème digital. Pensez à tout ce que vous publiez :
- Sites web : institutionnels, e-commerce, événementiels, blogs…
- Applications mobiles : natives ou web-apps.
- Documents téléchargeables : vos brochures commerciales en PDF, vos rapports annuels, vos fiches produit.
- Médias : les vidéos (qui doivent être sous-titrées), les podcasts (qui gagnent à avoir une transcription), les infographies.
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Outils internes : vos logiciels métier, vos intranets, vos plateformes de e-learning.
En clair, chaque point de contact numérique avec vos publics doit être pensé pour être utilisable par tous vos utilisateurs…
Quels sont les risques en cas de non-conformité ?
Bien sûr, la loi prévoit des sanctions financières. Mais le plus grand risque n’est pas là. Il est commercial, réputationnel et humain. Un écosystème numérique inaccessible, c’est :
- Des utilisateurs exclus qui ne peuvent pas acheter vos produits ou services.
- Un chiffre d’affaires perdu, celui d’une part non négligeable de la population.
- Une marque qui perd en crédibilité et qui renvoie une image d’indifférence.
- Une marque qui perd en crédibilité et qui renvoie une image d’indifférence.
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Un service client engorgé par des demandes d’assistance qui pourraient être évitées.
La sanction la plus immédiate n’est pas juridique, elle est humaine : c’est un utilisateur qui décroche, un prospect potentiel qui se détourne, un client qui s’en va.
📎 Pour un décryptage juridique complet, le portail du gouvernement reste la référence : accessibilite.numerique.gouv.fr.
Transformer une contrainte légale en levier de performance
Aborder l’accessibilité handicap numérique uniquement par le prisme de l’obligation, c’est passer à côté de l’essentiel. C’est voir la dépense là où se trouve un investissement. Un site web accessible est, par définition, un site de meilleure qualité. Et un site de meilleure qualité est un site plus performant.
L’accessibilité, un investissement rentable
Les bonnes pratiques du RGAA recoupent très largement celles du référencement naturel (SEO) et de l’expérience utilisateur (UX). Pensez-y : un site bien structuré, rapide, avec des contenus clairs et un balisage sémantique correct est un site que Google adore… et que les humains peuvent utiliser sans friction.
Quelques exemples concrets :
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Une hiérarchie de titres logique (H1, H2, H3…) permet à un utilisateur de lecteur d’écran de « scanner » la page pour en comprendre la structure. C’est exactement le même mécanisme qu’utilise un robot de Google pour analyser la pertinence de votre contenu.
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Des transcriptions textuelles pour vos vidéos bénéficient aux personnes sourdes ou malentendantes. Elles permettent aussi à Google d’indexer l’intégralité des propos tenus, boostant ainsi votre visibilité sur des requêtes de longue traîne.
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Des liens explicites (« Consultez le rapport d’activité 2024 » au lieu d’un vague « Cliquez ici ») aident tous les utilisateurs à savoir où ils vont. C’est un gain de clarté et de confiance.
Marque inclusive = marque plus crédible
En 2025, les consommateurs et les partenaires ne jugent plus une entreprise uniquement sur la qualité de ses produits. Ils sont de plus en plus attentifs à ses valeurs et à ses actions en matière de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Rendre votre site web accessible, c’est envoyer un message puissant : « Nous nous adressons à tout le monde, sans exception. »
Cette démarche nourrit votre capital confiance, valorise votre marque employeur et peut devenir un avantage concurrentiel décisif dans un appel d’offres.
Des modèles inspirants qui montrent la voie
Certaines organisations n’ont pas attendu 2025 pour agir. Elles ont déjà fait de la conformité RGAA un pilier de leur stratégie…
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AÉSIO mutuelle, par exemple, affiche un taux de conformité de 95% au RGAA, prouvant l’engagement du secteur mutualiste pour l’inclusion.
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Le Groupe Covéa (MAAF, MMA, GMF) a mené une transformation impressionnante, passant de 30% à plus de 75% de conformité sur ses plateformes grâce à une démarche structurée, considérant que « rendre nos services accessibles à tous n’est pas une option ».
Comment avancer, concrètement ?
Nul besoin d’attendre 2030 pour bouger. La démarche est progressive :
- Pré-audit RGAA : Un premier état des lieux pour savoir d’où vous partez. C’est une étape rapide qui permet d’identifier les chantiers majeurs.
- Plan d’action hiérarchisé : On ne corrige pas tout en un jour. Il faut fixer des priorités en fonction de l’impact sur l’utilisateur et de la complexité technique.
- Accompagnement éditorial : C’est là que tout se joue. Clarifier, réécrire, structurer les contenus, former les équipes à bien rédiger dès le départ.
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Suivi dans le temps : L’accessibilité n’est pas un projet ponctuel, c’est une culture. Il faut s’assurer que les nouvelles publications respectent les règles.
👉 Pour savoir où vous en êtes, découvrez ce qu’un pré-audit RGAA peut vous apporter.
Au-delà du code : pourquoi vos contenus sont en première ligne ?
On associe souvent la question de l’accessibilité numérique en 2025 au seul travail des développeurs. C’est sinon une erreur, du moins une approche trop restrictive. Le code est le contenant, mais le contenu est le message : si le message est confus, mal structuré ou incomplet, même le site le plus parfait techniquement sera inutilisable.
Les critères éditoriaux du RGAA : le cœur du sujet
Sur les 106 critères du RGAA, près de 60 % relèvent directement ou indirectement de la qualité éditoriale. C’est juste considérable. Parce qu’il ne s’agit pas simplement d’optimisations techniques, mais bien de savoir-faire rédactionnel :
- Rédiger des alternatives textuelles pertinentes pour les images.
- Formuler des liens explicites qui ont du sens hors de leur contexte.
- Construire une hiérarchie de titres pertinents qui guide la lecture.
- Concevoir des formulaires dont les intitulés et les aides à la saisie sont clairs.
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Écrire des messages d’erreur qui aident vraiment l’utilisateur au lieu de le bloquer.
Ces points peuvent sembler relever du simple bon sens. Pourtant, ce sont eux qui, au quotidien, déterminent si un utilisateur comprend ce qu’il doit faire et comment interagir avec votre page… Ou s’il doit juste aller voir ailleurs.
Ce que les outils automatiques ne verront jamais…
Un validateur automatique est utile ou un chatbot IA peut se révéler utile mais se révelera souvent limité. Il peut vérifier la présence d’un attribut, pas sa pertinence. C’est toute la différence entre la conformité technique et l’utilité réelle.
Prenons l’attribut alt d’une image (ce texte qui s’affiche si l’image ne charge pas et qui est lu par les synthèses vocales) :
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alt=« image-produit-3 » : Le validateur dira que c’est conforme car l’attribut alt est présent. Mais pour l’utilisateur, c’est une information inutile.
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alt=« Bouteille de shampooing solide à l’argile verte, posée sur un galet. » : cette description est à la fois conforme et utile. Le contenu est décrit avec soin.
C’est précisément ici que l’expertise éditoriale intervient. Elle va au-delà de la case à cocher pour se demander : « Est-ce que cette information sert réellement la personne qui ne voit pas l’image ? ». Un audit d’accessibilité numérique qui ignore cette dimension passe à côté de l’essentiel.
De la conformité à l’expérience utilisateur
Un site peut être 100% conforme au RGAA et être parfaitement désagréable à utiliser. L’accessibilité éditoriale, c’est l’étape d’après. C’est transformer cette conformité brute en une expérience de lecture fluide, compréhensible et engageante pour tous. C’est choisir les bons mots, simplifier les phrases complexes, aérer le texte et s’assurer que le message passe, quel que soit le handicap de l’utilisateur.
👉 Pour comprendre comment j’analyse la qualité de vos contenus, découvrez la démarche de l’audit éditorial RGAA.
Conclusion : l’échéance de 2030, c’est demain
Ne considérez pas les obligations inhérentes à la Loi de 2025 comme une échéance contraignante mais comme un point de départ. Elle élargit le terrain de jeu de l’accessibilité numérique et nous donne une échéance claire. Plus important encore, elle nous offre à tous une formidable opportunité : celle de bâtir un web plus respectueux, plus efficace et, finalement, plus humain.
Plutôt que de subir cette évolution comme une contrainte de plus, voyons-la comme un guide. Un guide pour améliorer votre référencement, pour renforcer votre crédibilité et, surtout, pour ne laisser aucun de vos utilisateurs sur le bord de la route. Le chemin vers un site web accessible est une démarche progressive, mais chaque pas compte. Et le premier pas peut être fait dès aujourd’hui…